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André Arfvidson crée une nouvelle composition architecturale

31 rue campagne première

Influencé par l’Art nouveau, André Arfvidson (1870-1935) est aussi sensible aux progrès des techniques de construction. Avec le céramiste Alexandre Bigot, il exploite ici à merveille les possibilités qu’offre le règlement de voirie de 1902, qui met fin à la rigueur haussmannienne. Son immeuble de la rue Campagne-Première possède une structure en ciment armé avec un remplissage de briques. La façade, très largement vitrée, est recouverte de grès cérames d’Alexandre Bigot qui lui confèrent son unité selon une polychromie subtile. Quatre niveaux d’ateliers en façade correspondent à huit niveaux sur cour. La partie privée de chaque logement, qui donne sur la cour, s’étend donc sur deux étages, tous deux desservis par l’ascenseur.

La cour sépare le bâtiment donnant sur la rue Campagne-Première de celui qui ouvre sur le passage d’Enfer. Celui-ci, moins haut, abrite également des ateliers donnant sur la cour avec logement sur deux niveaux. Sa façade, elle aussi, est ornée de grès cérames de Bigot.

Détail de la façade

La façade du 31, rue Campagne-Première reçoit le 2e prix du concours des façades 1912 organisé par la ville de Paris. À la différence d’autres constructions mêlant atelier et logement, visibles lors de la visite du quartier Montparnasse, le 31, rue Campagne-Première ne met pas en évidence sa structure par le décor. La céramique est souveraine dans l’habillage de la façade : elle dialogue avec les baies, les corniches et les bandeaux pour offrir un spectacle ignorant le rationalisme alors en vogue.

Les portes ne sont pas d’origine et le verre cathédrale du rez-de-chaussée, destiné à protéger l’intimité des occupants, a été remplacé.

Le modèle de l’atelier pour une nouvelle clientèle

Céramique le la façade sur la passage d’Enfer

En 1911, à une époque où Montparnasse concentre les plus grands noms des arts, André Arfvidson livre ici un immeuble qui fait de l’atelier la pièce majeure d’une architecture de luxe. Tous les peintres et les sculpteurs de Montparnasse n’ont pas les mêmes moyens financiers. Ici, Arfvidson conçoit une architecture pour des artistes et des intellectuels soucieux de confort et d’espace. Il écrit lui-même : « … les grandes pièces sont si agréables à habiter, et se prêtent si bien aux décorations originales, que les musiciens, les hommes de lettres, les gens du monde et les amateurs recherchent également ce genre de demeures pour y installer leurs salles de travail, leurs bibliothèques, leurs salons de réception ou leurs galeries de collections » (plaquette citée par C.-A. Gautier dans L’Architecture, 1912, n°3). Le type de l’atelier d’artiste vient renouveler l’hôtel aristocratique des XVIIe et XVIIIe siècles. Arfidson se plaît à souligner que les appartements sont comparables à des hôtels par l’espace de réception, par les accès secondaires et les logements de domestiques, par le confort moderne qui comprend le téléphone. L’espace de réception est aussi un espace de travail. De ce fait l’appartement devient solidaire de l’atelier pour former une habitation totale d’un genre nouveau. L’atelier modeste que l’artiste adaptait pour s’y loger misérablement devient un véritable salon. Ce modèle d’habitat connaîtra d’innombrables variations chez les architectes modernistes dans les années qui suivront (voir la visite Le Corbusier et les Modernes).

Pour en savoir plus sur le 31, rue Campagne-Première

31, rue Campagne-Première