Un ensemble cohérent au service des artisans

Dans les années 1920, alors que la construction de logements corrects et hygiéniques pour les ouvriers est très largement engagée à Paris, les artisans travaillent toujours dans des ateliers vétustes et insalubres.
Etienne Clémentel, ministre du Commerce de 1915 à 1919, promeut le travail artisanal et encourage la création d’organisations professionnelles artisanales. C’est pourquoi la Cité des 174-178, quai de Jemmapes, inaugurée en 1933, reçoit le nom du ministre. Tout dans ce bâtiment est conçu pour les artisans, de l’espace commode de travail jusqu’aux services variés dont ils peuvent avoir besoin dans l’exercice de leur profession, comme une salle d’exposition, un service de livraison, même un service médical.

La parcelle de 3 000 m2 permet une distribution fonctionnelle des 430 ateliers en trois bâtiments de onze niveaux chacun dont deux en sous-sol. Ascenseurs et monte-charges desservent tous les niveaux. Tous les ateliers disposent du chauffage central, de l’eau et de l’électricité, de l’air comprimé et du téléphone.
Des architectes inconnus

R. Bouhier et F. Saunier semblent ignorés de l’historiographie. On ne connaît que les initiales de leurs prénoms. Pourtant leur immeuble retient l’attention de la presse de l’époque (voir ci-dessous). Ils signent cet impressionnant immeuble dont la façade, animée d’un relief à la géométrie surprenante, attire l’oeil du passant sur le quai de Jemmapes.
La partie centrale de la façade forme une avancée progressive à mesure qu’on s’élève dans les étages. Cette saillie culmine au 5e étage où elle commande les plans obliques des parties latérales. Les trois niveaux supérieurs sont en retrait, comme l’impose le règlement d’urbanisme.

Des poteaux galbés séparent les baies du rez-de-chaussée et du 5e étage. Les allèges du rez-de-chaussée sont convexes. Les fenêtres ont perdu leurs fines menuiseries métalliques.
C’est un édifice en béton armé. La façade est revêtue de pierre artificielle « granito-lavé » dans laquelle entrent trois catégories de marbre. Le dessin de la façade est particulièrement soigné, pourtant les architectes n’ont pas laissé leur nom dans l’histoire. En revanche, le ferronnier est plus connu: il s’agit d’Adalbert Szabo, d’origine hongroise et qui fut l’un des maîtres de Jean Prouvé. Les grilles des fenêtres du rez-de-chaussée, marquées du chiffre CA, sont encore présentes. Malheureusement, la porte principale de Szabo a disparu.
Olivier, le héros du roman de Robert Sabatier s’émerveille en parcourant la cité artisanale dans Trois sucettes à la menthe (1972).
Des bureaux ont remplacé progressivement les ateliers. L’ensemble de la Cité artisanale a été rénové en 2019 par l’agence DL2A.
À propos de la Cité artisanale Clémentel
- La façade est visible lors de la visite du quartier du canal Saint-Martin.
- Ch. Roset, « La Cité Artisanale Clémentel à Paris », La Technique des travaux, no. 3, mars 1934, p. 139-146, en ligne sur le site de la bibliothèque de la Cité de l’architecture.
- « La Cité artisanale Clémentel », Le Bâtiment illustré, no. 1, janvier, 1934, p. 47-51, en ligne sur le site de la bibliothèque de la Cité de l’architecture.
- « La Cité artisanale Clémentel », L’Architecture d’aujourd’hui, n° 9, 1933, p. 30-33, en ligne sur le site de la bibliothèque de la Cité de l’architecture.
- Bertrand Lemoine et Philippe Rivoirard, L’Architecture des années 30, DAAVP- La Manufacture, 1987, p. 234.
- Simon Texier (dir.), Les Canaux de Paris, DAAVP, 1994, p. 180.
- Une photographie de la Cité artisanale en chantier par l’agence Rol en 1933, sur Gallica.
- Des photos de presse de 1903, conservées à la Bibliothèque historique de la ville de Paris.
