Adolf Loos

Architecte viennois (1870-1933), il se démarque de la Sécession viennoise qui mettait à l’honneur l’ornement architectural. Il publie en 1908 un texte qui fera date Ornement et crime dans lequel il assimile tout décor à un stade primitif de l’humanité que l’Occident moderne est en capacité – et en devoir – de dépasser.
Il séjourne en France de 1922 à 1928. C’est l’occasion pour lui de dessiner des projets d’hôtels particuliers dont seul celui pour Tristan Tzara aboutira.
Une maison singulière

La maison que conçoit Loos pour Tristan Tzara et son épouse est édifiée en 1925 et 1926 avenue Junot, sur le côté nord de la butte Montmartre, en forte déclivité. Elle est la seule œuvre de l’architecte en France. La façade sur rue est symétrique, dépouillée de tout ornement. Cependant les différents niveaux sont difficiles à lire. Leur irrégularité tient à l’application du « Raumplan » cher à Loos. Il s’agit de donner à chaque pièce les dimensions exactes qu’exige sa fonction. Ainsi les hauteurs ne sont pas les mêmes dans un salon, dans une chambre ou dans une salle de bain. Sur la hauteur totale, qui comporterait six niveaux dans un immeuble classique, Loos place douze niveaux de planchers décalés les uns par rapport aux autres. Ce découpage entraîne la création de onze escaliers. La distribution se complexifie encore car il faut ajouter un atelier pour l’épouse de Tzara, Greta Knutson, qui était peintre. Au sud, la maison donne sur une terrasse et un jardin.
La façade du 15, avenue Junot

On a pu dire que la façade était influencée par le dadaïsme dont Tristan Tzara était le chantre. Elle présente en effet quelques bizarreries, comme les fenêtres jouxtant le plafond de la loggia. Pourtant, le dessin est parfaitement symétrique et les matériaux sont simples. Les deux premiers niveaux sont faits de moellons qui recouvrent l’entrée et l’appartement locatif. Au-dessus un enduit blanc dans le goût moderniste recouvre tout l’habitat du couple Tzara-Knutson.
L’absence d’ornement s’impose avec une volonté implacable, d’autant plus remarquable que l’environnement de la maison est fait d’édifices pittoresques contemporains.
À propos de la maison d’Adolf Loos avenue Junot
- La façade de la maison d’Adolf Loos avenue Junot est visible lors de la visite de Montmartre.
- L’article d’Adolf Loos contre l’ornement dans L’Architecture vivante, printemps-été 1926, p. 28-30. En ligne sur le site de la bibliothèque de la Cité de l’architecture.
- Photos, plans et coupes de la maison de Tristan Tzara dans L’Architecture vivante, automne 1927, pp. 31 et 43. En ligne sur le site de la bibliothèque de la Cité de l’architecture.
- Gilles Ragot, 1918-1940 Architectures modernes Paris et environs, Parigramme, 2021, p. 48.
- Hervé Martin, Guide de l’architecture moderne à Paris 1900-1990, Syros-Alternatives, 1987, p. 216.
